Lilia Peytavin, stratégiste JP Morgan Asset Management
Lilia Peytavin
Global Market Strategist
Market Insight, J.P. Morgan Asset management
Au sein de Market Insight, nous voyons l’année 2026 sous le signe d’un environnement macroéconomique favorable aux actifs risqués.
Les politiques budgétaires et monétaires devraient continuer à alimenter l’économie, d’une manière presque inédite. Jamais auparavant nous n’avions observé des déficits budgétaires ou des baisses de taux de cette ampleur en dehors d’une récession.
Dans les mois à venir, les citoyens américains ressentiront les effets directs du stimulus fiscal, avec le versement de crédits d’impôt importants grâce au « One Big Beautiful Bill ».
En Europe, la politique budgétaire vit un véritable changement de paradigme. Le déficit allemand devrait atteindre 4% l’année prochaine, un stimulus jamais vu depuis la réunification en 1990.
L’Asie n’est pas en reste et les déficits devraient également se creuser au Japon, qui a un nouveau gouvernement qui bénéficie d’une majorité de 2/3 dans la chambre basse.
Les banques centrales demeurent sous forte pression politique afin de « financer » ces dépenses, dans un contexte où les ratios de dette publique explosent.
Les marches ont toutefois en partie anticipé l’environnement bénin que nous anticipons pour 2026.
Les valorisations du marché action sont historiquement élevées. À 22x les bénéfices attendus à 12 mois, le S&P 500 se situe à son 96e percentile de valorisation sur 20 ans.
Mais je rappelle souvent que la profitabilité du marché action est elle aussi élevée (les marges du S&P 500 viennent d’atteindre un nouveau record historique de 12.6% au T4), et 80% de la performance du S&P 500 a été générée par la croissance des profits l’année dernière, pas par la hausse des multiples. Les actions ont tendance à surperformer en fin de cycle, lorsque les valorisations s’envolent au-dessus des moyennes, contrairement aux valorisations du crédit (les écarts de taux ne peuvent pas se resserrer à l’infini). Ensuite, les fins de cycle peuvent durer longtemps et être sous-investi coûte cher. Historiquement, sur les 12 derniers chocs de marché, un portefeuille diversifié (60 % actions, 40 % obligations) a surperformé le cash dans 75 % des cas l’année suivante, et dans 100 % des cas sur trois ans.
La clé de voute de nos stratégies d’investissement pour 2026 demeure la diversification des portefeuilles au-delà des Etats-Unis, et au-delà des grosses capitalisations de Tech américaines (une recommandation que nous avions déjà faite pour 2025).
Il s’agit de se positionner à travers l’écosystème de l’IA, les régions actions (nous favorisons le Japon, la Chine et l’Europe), et le non coté.
Ce début d’année continue d’aller dans ce sens : les Etats-Unis sous-performent la plupart des marchés. Nous sommes à ce moment clé de la commercialisation des innovations technologiques de rupture, lorsque les entreprises doivent investir autant que possible afin de gagner un marché dont elles ne connaissent pas la taille finale. Il y a donc une incertitude fondamentale sur le retour sur investissement qui sera généré par les dépenses d’investissement qui sont engagées par les hyperscalers américains.
Depuis le début de la saison des résultats du T4, ces dépenses ont été révisées à la hausse de 120 milliards pour l’année 2026, pour atteindre 660 milliards. Les investisseurs n’ont pas récompensé les entreprises qui ont surpris à la hausse par leurs dépenses d’investissement, mais ont récompensé celles qui ont surpris à la hausse sur leurs ventes. Par ailleurs, les fournisseurs de logiciels ont connu une correction de 20% depuis le début de l’année, à la suite de l’introduction par Anthropic d’un outil d’IA. En revanche, les fabricants d’IA ont été récompensés : les semiconducteurs, et ceux qui sont dans les goulots d’étranglement de la chaine de valeur font partie des sous-secteurs qui ont le mieux performé. J’ajouterais aussi que les logiciels asiatiques ont échappé a la correction mondiale que le secteur a subi.
Il nous semble donc indispensable de se positionner sur l’ensemble de l’ecosysteme de l’IA, et sur d’autres pays que les Etats-Unis pour jouer le thème de l’IA. La Chine est notamment un concurrent sérieux, qui se positionne bien notamment sur la robotique ou l’installation physique des centres de données, ou l’auto-suffisance sur certaines ressources. Les actions chinoises sont à la traine et nous semblent intéressantes.
Les investisseurs doivent aussi construire des portefeuilles résilients aux deux risques principaux que les politiques de stimulus « en temps de paix » présentent : la réaccélération de l’inflation (comme dans les années 1970 ou au début des années 2020), ou la formation d’une bulle sur les actifs financiers (années 1920, 1990).
Les obligations souveraines protègent d’un retournement potentiel des valeurs de la Technologie et d’une récession. Par ailleurs, elles offrent un rendement beaucoup plus intéressant que ces dernières années, maintenant que la normalisation des taux a été effectuée. En revanche, les obligations sont d’une moindre utilité en cas de réaccélération de l’inflation. Il nous semble indispensable de mettre des actifs alternatifs dans les portefeuilles, tels que les forêts, le transport ou l’infrastructure. Ce sont les seuls actifs qui ont protégé vos performances lors du choc d’inflation de 2022.
Enfin, l’or est un actif intéressant car il est l’un des seuls à protéger du risque géopolitique et fiscal (Understanding gold and its role in a portfolio).
En résumé, la diversification, l’exposition raisonnée à la tech et à l’IA, et l’ouverture aux marchés privés nous semblent être les clés pour naviguer dans ce nouvel environnement.

